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Pour méditer la Bible et la foi chrétienne
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A propos du massacre des innocents
Dans le lectionnaire, nos sages ont mis pour le 1er dimanche après Noël le texte de l’évangile selon Matthieu évoquant le massacre des innocents. Hérode, craignant la naissance d’un roi rival, fait tuer tous les enfants mâles de zéro à deux ans de Bethléem et environs. Rien de mieux pour casser la belle ambiance sympathique, quasi-romantique de la nativité. Hé oui, la parole biblique n’est pas une légende sucrée qui caresse l’humanité dans le sens du poil. Dans la Bible, le meilleur côtoie le pire. Cet épisode nous amène à nous interroger. Quel est notre rapport aux tragédies et aux souffrances de ce monde ?
On peut essayer d’accepter les souffrances et les tragédies en les idéalisant, en leur trouvant même une vertu, puisqu’elles contribueraient au salut du monde. Cette tentation a existé et existe encore dans l’Eglise. Le problème avec cela, c’est que le Mal et les souffrances qu’il engendre risque de perdre son caractère scandaleux.
A l’opposé, on peut essayer de se réfugier dans une vie, un imaginaire sans tragédie, sans souffrance, en s’isolant, en fermant les yeux, puisque les souffrances de ce monde n’auraient aucun intérêt, aucune utilité, et il n’y aurait strictement rien à en tirer. Le problème avec cela, c’est qu’on devient alors un hédoniste sans empathie pour les victimes du Mal et des souffrances qui en découlent.
Ces deux positions extrêmes ne sont certainement pas une bonne réponse à la question de la souffrance, tout comme la révolte contre Dieu, toujours stérile. Il nous faut accepter que le Dieu de la Bible ne soit pas ce magicien tout puissant soumis à nos désirs et nos aspirations. Et accepter cela n’est pas facile. Qui n’a jamais adressé à Dieu des soupirs et des gémissements, voire des colères à cause des souffrances de ce monde ?
Il nous faut admettre que dans l’histoire, comme dans nos vies, le meilleur côtoie le pire. Il y a Noël et le massacre des innocents. Il y a la crucifixion et la résurrection. Il y a les persécutions contre les chrétiens et finalement la propagation de l’évangile. Même les lieux présentent cette dualité. L’Egypte est terre d’esclavage, mais aussi de refuge, puisque Joseph y emmène Marie et Jésus pour qu’il échappe au massacre. Jérusalem est la ville qui tue les prophètes, mais aussi ce lieu chargé des promesses de la gloire de Dieu dans la venue glorieuse du messie.
La faiblesse apparente de Dieu sera toujours plus forte que la puissance éphémère des hommes. La dynastie hérodienne et la barbarie de l’empire romain ont tous deux disparu. Tandis que l’œuvre salutaire de Jésus-Christ s’accomplit encore 2000 ans après le massacre des innocents. Les chrétiens de par le monde, nous en sommes les témoins.
Malgré les souffrances de ce monde, malgré nos épreuves et nos souffrances, Dieu nous invite à adhérer à la victoire de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort. Que Son Esprit nous y aide.
JDC
Noël n’est pas une fête païenne récupérée par les chrétiens
2023 décembre 23 Noël fête chrétienne La Sélection du Jour
Par Louis Daufresne – Publié le 23/12/2023 – Photo : Steam Workshop – Sol invictus
Qui n’a jamais entendu dire que Jésus n’est pas né un 25 décembre et que si l’Église avait pris cette date, c’était pour christianiser la fête païenne du solstice d’hiver ? Cette OPA symbolique du pape Libère en 354 fonctionna du feu de dieu. Le christianisme effaça le Soleil de l’horizon – et pour toujours. Les Romains ne croyaient-ils pas pourtant qu’il était invaincu ? À sa place, l’Église mit sur le trône de l’humanité le Soleil de justice. Intelligemment, elle s’appropria le meilleur du paganisme antique. L’Occident est l’héritier de cette épopée là.
Le 25 décembre est-il un détail du calendrier ? Que Jésus soit né à cette date ou à une autre importe-t-il peu ? Pas sûr à l’heure où l’on s’échine à tout déconstruire. Un Michel Onfray affirme que Jésus n’a pas existé. Et il est très médiatisé.
Or la vérité factuelle est l’assurance-vie du christianisme. Si le jour de l’incarnation devenait un mythe, Jésus ne serait plus qu’une figurine comparable à un bouddha posé sur une étagère. La Révélation deviendrait le passé d’une illusion, pour reprendre le titre d’un essai célèbre. Déjà atteintes par les abus, l’Église et la légitimité de sa parole s’en trouveraient anéanties. Noël ne serait plus une « marque déposée ». La débauche de consumérisme avait déjà dénaturé le sens de la Nativité, sans que l’institution n’y réagit avec virulence. Maintenant, la promotion d’un Noël dit « inclusif, diversitaire et féministe » s’emploie carrément à détourner l’événement, lequel ne ressemblera bientôt plus à rien.
L’enjeu n’est pas mince. Normalien, agrégé de philosophie, Frédéric Guillaud se pose une question simple dans un essai intitulé Et si c’était vrai ? (Marie de Nazareth, 2023). Il pense que Jésus peut réellement être né le 25 décembre.
Le calcul est le suivant : « Selon saint Luc, au moment de l’Annonce faite à Marie, date de la conception miraculeuse de Jésus, Élisabeth était enceinte de Jean-Baptiste depuis six mois. En outre, l’évangéliste nous apprend que la conception de Jean-Baptiste remontait au moment où son père, Zacharie, prêtre de la classe d’Abia, était en service au Temple. Or, des archéologues ont trouvé dans les manuscrits de Qumrân le calendrier des tours de service des différentes classes de prêtres. Il s’avère que, pour la classe d’Abia, c’était le mois de septembre. Voilà qui nous donne l’enchaînement suivant : conception de Jean-Baptiste fin septembre ; conception de Jésus six mois plus tard, c’est-à-dire fin mars ; donc, naissance de Jésus neuf mois plus tard… fin décembre ! CQFD. On rappellera au passage que, dans l’Église d’Orient, la conception de Jean-Baptiste est, comme par hasard, fêtée le 25 septembre, ce qui concorde avec la découverte des archéologues. »
Mais l’histoire ne s’arrête pas à ce chapelet de concordances. Ce que l’on ignore le plus souvent, c’est que les Romains ont cherché à paganiser une fête chrétienne. Frédéric Guillaud explique : « Quand on évoque la fête romaine du Soleil, on s’imagine en effet qu’il s’agissait d’une fête immémoriale, fixée au 25 décembre depuis longtemps. Mais pas du tout. C’est une fête postchrétienne (…) créée de toutes pièces par l’empereur Aurélien en 274 – sous le nom de « jour natal du Soleil invaincu : Sol invictus » ». Dans quel but ? Il s’agissait, poursuit-il, « d’unifier l’Empire sous un culte unique, issu du culte oriental de Mithra, à une époque où le christianisme menaçait déjà sérieusement le paganisme. » Car les Romains, jusque-là, ne fêtaient rien le 25 décembre : « Les Saturnales se terminaient le 20 décembre », précise Guillaud.
À cette époque, les chrétiens n’avaient pas encore officiellement fixé la date de Noël mais des communautés la célébraient déjà le 25 décembre. « En 204, Hippolyte de Rome en parlait déjà comme d’une date bien établie, dans son Commentaire de Daniel », rappelle Guillaud.
Ainsi, selon cette version, s’effondre l’idée reçue que Noël récupère une fête païenne. C’est plutôt l’inverse, Sol Invictus étant une réaction romaine à l’aube croissante de la Nativité.